Blog du Programme d'Action 2030

Accord sur un programme commun pour lutter contre le changement climatique et les conflits


Une mère est assise avec sa petite fille tandis qu'une femme se penche sur fillette pour lui passer une petite bande autour du bras. Toutes trois regardent la caméra.
Photo : PAM

Ensemble, le Kenya et l'Ouganda lancent une Décennie d'action avec l’appui des Nations Unies pour mettre en œuvre les ODD en vue de relever les défis qui dépassent le cadre de leurs frontières nationales.

Près de la frontière kenyane, la petite ville frontalière de Moroto, au nord-est de l'Ouganda, est connue pour ses "dukas" : ces petits magasins qui vendent des objets traditionnels en bois, en poterie et en tissu.  

Cattle walking in a body of water.

Photo : UN Uganda

Les habitants de Moroto font également de l’élevage et laissent le bétail paître dans les prairies environnantes. Avec ses 7.500 habitants, la communauté dépend de cultures vivrières comme le maïs ou le manioc, un féculent également connu sous le nom de yuca ou tapioca.  

Women and men hold up a large cassava plant

Légende: La racine de manioc est un aliment de base dans la région.

Photo : UN Uganda

Comme beaucoup d'autres endroits en Afrique, Moroto a été touché par les effets du changement climatique, qui a eu un impact très important sur les moyens de subsistance des habitants, notamment pour les femmes et les enfants.  

Woman instructs her young daughter how to cook.

Photo : WFP

Ce n'est pas une coïncidence si cette région est également devenue une zone de conflits. Juste après Moroto, à la frontière entre le Kenya et l'Ouganda, les conflits qui étaient auparavant contenus et traités au niveau local ont commencé à s'intensifier et à avoir des répercussions politiques, économiques, sociales et culturelles dans les pays limitrophes.  

Pour les familles, les conflits ont eu des conséquences dévastatrices, allant de la perte de salaires à la perte d'êtres chers. Cette situation a également entraîné la rupture des réseaux communautaires de protection sociale, ainsi qu’un affaiblissement des institutions politiques de gouvernance et des perturbations au niveau des services essentiels. En outre, la destruction des moyens de subsistance traditionnels a provoqué une augmentation du nombre de personnes qui, n'ayant plus d'endroit où vivre, ont été contraintes de se déplacer.  

Vivre sur le fil du rasoir  

Les personnes touchées par ces conflits vivent sur le fil du rasoir. Et ce scénario se reproduit dans les villes frontalières du monde entier. Les communautés qui vivent à proximité des frontières ne bénéficient souvent que d’investissements gouvernementaux limités dans les secteurs de l'éducation, de la santé et des infrastructures. Elles vivent à l’intérieur de frontières nationales tout en restant à la périphérie du développement moderne ou de la "mondialisation équitable" promue par le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres.  

Les communautés comme celle du "Triangle de Karamoja" ne peuvent pas se permettre de perdre davantage de terrain. Cet ensemble très ancien de communautés à l’héritage socioculturel commun vit sur des terres qui chevauchent les frontières entre l'Éthiopie, le Kenya, le Soudan du Sud et l'Ouganda.  

Les femmes, les hommes et les enfants de la région sont très vulnérables face aux variations climatiques qui entraînent notamment des épisodes de sécheresse, lesquels privent les foyers de nourriture et réduisent les possibilités de trouver un emploi.  

Dans la région de Turkana, dans le nord-ouest du Kenya, plus des deux tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ; le taux d'alphabétisation des adultes y est d'environ 20 % et, en dépit d’un énorme potentiel pour le développement du tourisme, l'élevage et l’exploitation des gisements de minerais, la contribution de Turkana au produit intérieur brut national est inférieure à 5 %. La pauvreté et la sécheresse restent les principaux facteurs de conflit dans la région.   

Des solutions transfrontalières  

Il n'y a qu'une seule façon de résoudre les problèmes qui dépassent le cadre des frontières nationales comme le changement climatique ou les conflits : la coopération. Les gouvernements du Kenya et de l'Ouganda ont établi un partenariat avec l’ONU et signé un nouvel accord binational pour une paix et un développement durables dans la région de Turkana-Pokot-Karamoja, une région frontalière des deux pays, menacée par les effets du changement climatique et particulièrement exposée au risque de déclenchement de conflits.  

Shows a group of people holding a banner that shows heads of Kenya and Uganda.

Légende: Des jeunes de Moroto ouvrent la cérémonie de signature de l’accord entre les deux pays.

Photo : UN Kenya

Des pourparlers avaient été entamés un an plus tôt lorsque les ministres du Kenya et de l'Ouganda avaient commencé à mener des consultations en Ouganda sur la meilleure façon d'aborder la question des conflits et du changement climatique.  

L'objectif était de développer ce qui a été baptisé le Karamoja Cluster (en français: "Pôle de Karamoja"), une zone socio-économique unique bénéficiant de politiques et programmes communs de nature à créer des opportunités pour l’avenir et de l'espoir pour les communautés autochtones, en particulier pour les jeunes.

The two country presidents (Kenya and Uganda) are shown signing a signage demonstrating their collaboration.

Légende: Le Président Yoweri Museveni et le Président Uhuru Kenyatta signent chacun l’accord lors d’une cérémonie de signature à Moroto, en Ouganda, le 12 septembre 2019.

Photo : PSCU, Kenya

Un programme de travail commun pour mettre en œuvre des ODD  

Le programme commun objet de cet accord crée des passerelles entre l'humanitaire, le développement et la paix dans l’optique de bâtir des communautés résilientes, c'est-à-dire capables de mieux résister aux crises. Le Programme 2030 et ses 17 objectifs de développement durable (ODD) guident les efforts déployés par l’ONU en Ouganda et au Kenya pour investir dans les capacités locales de détection, de prévention et de gestion des facteurs de déclenchement des conflits, ainsi que pour mobiliser le soutien des gouvernements nationaux, des chefs d'entreprises et des partenaires de développement.  

Grâce à l’appui des équipes de l’ONU en Ouganda et au Kenya, nous avons travaillé avec les délégations des deux pays pour faciliter les pourparlers au cours d'une série de réunions organisées dans le courant de l'année au Kenya et en Ouganda. Ces réunions ont permis d’aboutir à un accord (protocole d'accord) approuvé par les deux gouvernements sur le travail à mener par les équipes conjointes de l’ONU.   

L’accent a été mis sur les personnes vivant à la frontière entre l'Ouganda et le Kenya, car celles-ci sont rendues vulnérables par les effets du changement climatique et beaucoup d’entre elles n'ont d'autre choix que de se battren dans cette région semi-aride, pour avoir accès à des ressources.

Photo shows the presidents of Kenya and Uganda posing with heads of agencies, funds and programmes and resident coordinators.

Légende: Les membres des équipes de pays de l’ONU au Kenya et en Ouganda, dont les Coordonnateurs résidents des Nations Unies, avec le Président Museveni et le Président Kenyatta.

Photo : UN Kenya

"Sans commerce, vous ne créez pas de richesses. Sans transports, vous ne créez pas de richesses. Et si vous ne créez pas de richesses, vous ne faites qu'institutionnaliser la pauvreté. Nous voulons éliminer la pauvreté dans notre pays ", a déclaré le président kenyan Uhuru Muigai Kenyatta à l’occasion de la cérémonie de signature de l’accord. 

 "Le programme mis au point en coopération avec l’ONU nous aidera tous à assurer la paix, à permettre à nos peuples de vivre ensemble et aussi à nous développer. C'est pourquoi nous voulons que l’ONU promeuve des investissements plus importants dans des infrastructures comme les routes", a déclaré le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni. 

Ce n'est qu'en aidant les personnes les plus démunies et en luttant ensemble contre les inégalités et l'exclusion que nous pourrons empêcher les liens sociaux de se distendre davantage et créer des bases solides qui permettront à nos communautés de connaître la paix et le développement. 

Cette vision est également au cœur de l'Agenda 2063 de l'Union africaine. Les nations africaines aspirent à construire un avenir prospère pour l’Afrique, fondé sur une croissance inclusive et un développement durable. Elles veulent mettre fin à la pauvreté en créant plus d’opportunités d'emploi pour les jeunes, en promouvant une agriculture moderne, en favorisant une industrialisation intelligente face au climat, en menant une gestion socialement responsable des ressources naturelles et en participant à la dynamique d'innovation promise par la science, la technologie et la recherche afin de résoudre des goulets d'étranglement stratégiques bien documentés. 

Nous considérons que cet accord va changer la donne pour les habitants de la région en améliorant leurs conditions de vie, en favorisant l'écotourisme, en augmentant les échanges commerciaux transfrontaliers et en stimulant le développement. La Décennie d'action visant à atteindre les objectifs de développement durable d'ici 2030 nous offre une occasion unique pour transformer le Pôle de Karamajong en un corridor climatique intelligent où les valeurs traditionnelles bénéfiques rencontrent la technologie et les investissements intelligents. 

À propos des auteurs  

Siddharth Chatterjee est le Coordonnateur résident des Nations Unies au Kenya. 

Rosa Malango est la Coordonnatrice résidente des Nations Unies en Ouganda.