Histoires

Au Kirghizistan, un jeu vidéo est mis à contribution pour aider à mettre fin aux mariages par enlèvement


Dessin extrait du jeu "Spring in Bishkek" (qui signifie littéralement en français : "Printemps à Bichkek"). On aperçoit au premier plan, à gauche de l’image, deux jeunes femmes et un jeune homme se tenant côte à côte, à droite, le nom du jeu vidéo et, en arrière-plan, une chaîne de montagnes.
Légende: Image extraite du jeu "Spring in Bishkek" (traduction littérale : "Printemps à Bichkek").
Photo : ONU/Kirghizistan

« C'est votre première année à l'université et votre meilleure amie se fait enlever par un groupe d’hommes pour être mariée de force. Que faites-vous ? ». C'est la question qui est posée dans le jeu "Spring in Bishkek" (traduction littérale : "Printemps à Bichkek"), un jeu vidéo lancé au Kirghizistan avec le soutien de l’Initiative Spotlight.

A cartoon image of four characters sitting on a couch looking meanly at the screen.

Légende: Image extraite du jeu « Spring in Bishkek ».

Photo : UN/Kyrgyzstan

Le jeu a été développé par l’Open Line Public Fund (en français : Fonds public "Open Line") pour aider les jeunes à apprendre à réagir face au phénomène de l’"Ala-Kachuu", une pratique répandue qui se traduit par l’enlèvement de jeunes filles et de femmes pour les marier de force. Cette pratique, dont le nom signifie "s’emparer de [quelque chose] et s'enfuir", consiste pour un futur marié à faire venir de force une fille ou une jeune femme chez lui pour la contraindre à accepter de se marier avec lui. Bien qu’illégale au Kirghizistan et passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans d’emprisonnement, la pratique de l'Ala-Kachuu reste très courante. Selon l'UNICEF, 147 cas au total ont été rapportés entre 2014 et 2018 à travers tout le pays, mais les chiffres réels sont vraisemblablement plus élevés, certaines études estimant qu'une fille kirghize sur cinq est enlevée pour être mariée contre son gré. 

"Le jeu embarque les joueur.euse.s dans un processus décisionnel qui leur permet de voir de l'extérieur à quoi aboutirait telle ou telle décision." - Munara Beknazarova, créatrice du jeu. 

Pour aider à mettre fin à cette pratique, "Spring in Bishkek" met les joueur.euse.s dans la peau d'une jeune fille de 17 ans qui doit aider son amie à échapper à son ravisseur.

"Dans ce jeu, l'utilisateur est immergé dans un univers particulier", explique Munara Beknazarova, Directrice de l’Open Line Public Fund et créatrice du jeu. "Il les embarque dans un processus décisionnel qui leur permet de voir de l'extérieur à quoi aboutirait telle ou telle décision." L’idée derrière ce jeu est de leur apprendre comment réagir pour trouver de l'aide s’ils/elles se retrouvaient confronté.e.s à une situation similaire dans la vie réelle.

A cartoon image of two women speaking to each other with word bubbles and the response options below the conversation.

Légende: Image extraite du jeu « Spring in Bishkek ».

Photo : UN/Kyrgyzstan

Au cours de la partie, le/la joueur.euse gagne des points chaque fois qu’il/elle réussit à passer une épreuve. Il/Elle est également amené.e à comprendre les conséquences des mariages par enlèvement, à découvrir que des lois existent pour protéger les droits des filles et à connaître la procédure à suivre pour signaler un enlèvement. "Le/La joueur.euse interagit directement avec les histoires de ces filles kidnappées", explique Mme Beknazarova. "C'est beaucoup plus intéressant que d'écouter un cours magistral dans lequel [on vous explique que] la violation des droits des filles est un crime".

Mais réussir la partie n’est pas toujours facile. Lorsque le/la joueur.euse demande de l'aide à ses parents, à ses ami.e.s ou au/à la doyen.nne de l'université qu’ils/elles fréquentent, il arrive qu’on lui réponde qu’une manière qui le/la dissuade de venir en aide à son amie. Le jeu est conçu de telle sorte que la famille de la jeune fille enlevée ne réagit pas à l’enlèvement, craignant les répercussions sociales que cela pourrait avoir.  

"Lorsque vous faites quelque chose pour la première fois, vous avez peur", poursuit Mme Beknazarova. "Mais à mesure que le/la joueur.euse trouve des allié.e.s et obtient des conseils juridiques, il/elle commence à élaborer un plan [pour secourir son amie]. "Le/La joueur.euse. apprend à connaître ses peurs et est amené.e à comprendre qu'il/elle n’est pas seul.e et que la peur peut être surmontée."

Mme Beknazarova nous a confié qu'elle avait reçu une lettre de remerciements de la part d’une jeune fille. Cette dernière lui disait s’être servie de ce qu’elle avait appris dans le jeu pour aider sa sœur à échapper à un enlèvement. "Elle m’a raconté qu’en se servant des informations qu’elle avait apprises dans le jeu, elle avait passé un appel au ministère de l'Intérieur, qui avait rapidement fait le nécessaire pour aller libérer sa sœur de chez le ravisseur."

Le jeu "Spring in Bishkek" a déjà été téléchargé plus de 100.000 fois et de nouveaux "chapitres" sont actuellement en cours de développement.

Récit publié à l’origine sur le site de l'Initiative Spotlight. Édité par Paul VanDeCarr, du Bureau de la coordination des activités de développement. Pour en savoir plus sur l’action menée par l'équipe de pays des Nations Unies au Kirghizistan, consultez le site kyrgyzstan.un.org

Entités de l’ONU impliquées dans cette initiative
OIT
Organisation internationale du travail
OIM
Organisation internationale pour les migrations
HCDH
Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme
ONU Femmes
Entité des Nations unies pour l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes
PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
UNESCO
Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture
UNFPA
Fonds des Nations unies pour la population
UNHCR
Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
UNICEF
Fonds des Nations unies pour l'enfance
UNODC
Office des Nations unies contre la drogue et le crime
OMS
Organisation mondiale de la santé

Objectifs poursuivis à travers cette initiative